Actualités Hypnose et Foi Chrétienne

Edité le : 20/02/2026
Par TC

L’hypnose (anciennement « magnétisme animal ») à la lumière de l’enseignement catholique, de l’anthropologie thomiste et des neurosciences

Étude intégrative à destination des praticiens, chercheurs et lecteurs chrétiens


 

Introduction

Depuis ses premières descriptions sous le nom de magnétisme animal au XIXᵉ siècle, jusqu’aux recherches actuelles en neurosciences, l’hypnose interroge les relations entre esprit, cerveau et liberté humaine. Cette étude examine :

1 - Les décisions du Sacrée Congrégation du Saint-Office au XIXᵉ siècle.

2 - Une lecture structurée selon saint Thomas d’Aquin.

3 - Une présentation des apports contemporains des neurosciences confirmant que l’hypnose repose sur des phénomènes naturels.

4 - Une comparaison de perceptions interchrétiennes.

5 - Une bibliographie scientifique spécialisée.

 

                                                                                                                                                              .../...

I. Les décisions du Saint-Office au XIXᵉ siècle

1. Décret du 2 juin 1840

Le 2 juin 1840, la Sacrée Congrégation du Saint-Office répond à une question concernant le magnétisme animal.

Texte latin (Denzinger-Hünermann, n° 2738) :

"Usus magnetismi, id est actus mere physicus mediis aliunde licitis utens, non est moraliter vetitus, dummodo non tendat ad finem illicitum aut quovis modo pravum."

Traduction :

L’usage du magnétisme, en tant qu’acte purement physique utilisant des moyens autrement permis, n’est pas moralement interdit, pourvu qu’il ne tende pas à une fin illicite ou mauvaise.

Ce texte établit clairement :

  • La qualification du phénomène comme acte purement physique.
  • L’absence d’interdiction morale intrinsèque.
  • La dépendance du jugement moral à la finalité.

 

2. Lettre encyclique du 4 août 1856

En 1856, la Sacrée Congrégation du Saint-Office adresse une lettre aux évêques concernant les dérives du magnétisme.

Le texte :

  • Met en garde contre les pratiques superstitieuses.
  • Dénonce les prétentions divinatoires.
  • Condamne les usages occultistes.

Il ne condamne pas le phénomène naturel lui-même, mais les abus.

 

II. Analyse morale selon saint Thomas d’Aquin

1. Structure morale de l’acte

Selon Thomas d'Aquin (Somme Théologique, I-II, q.18)³, la moralité d’un acte dépend :

  • de l’objet,
  • de la fin,
  • des circonstances.

Le Saint-Office applique implicitement cette grille.

L’hypnose n’est pas mauvaise selon son objet (phénomène naturel).

Elle peut devenir mauvaise selon la fin (manipulation, domination, superstition).

 

2. Distinction nature / surnaturel

Saint Thomas affirme :

"Gratia non tollit naturam sed perficit."

Si l’hypnose relève d’un mécanisme psychophysiologique naturel, elle appartient à l’ordre des causes secondes.

Le Catéchisme de l'Église catholique précise que la superstition consiste à attribuer à une réalité créée un pouvoir qui dépasse son ordre naturel (§ 2111).

Ainsi :

  • Hypnose comme phénomène naturel → licite.
  • Hypnose présentée comme pouvoir paranormal → superstition.

 

3. Anthropologie thomiste et suggestion

Dans ST I, q.76, saint Thomas affirme l’unité substantielle corps-âme.

Conséquences :

  • Les phénomènes psychiques ont un support corporel.
  • L’imagination et l’appétit sensible peuvent être influencés.
  • La volonté, puissance spirituelle, ne peut être annihilée par un procédé naturel.

L’hypnose agit principalement sur :

  • L’imagination
  • L’attention
  • Les affects

Elle n’abolit pas la liberté fondamentale, même si elle peut moduler les dispositions psychologiques.

 

III. Cadre éthique pour une pratique chrétienne

À la lumière du Magistère et de la théologie morale :

Une pratique hypnotique est licite si :

  1. Consentement libre et éclairé.
  2. Finalité thérapeutique claire.
  3. Respect de la conscience morale.
  4. Absence de prétention surnaturelle.
  5. Distinction stricte entre accompagnement psychologique et direction spirituelle.

 

IV. Hypnose et neurosciences : affirmation du caractère naturel

1. Hypnose comme phénomène neurocognitif

Les neurosciences modernes étudient l’hypnose comme un état naturel de conscience modifiée, caractérisé par des changements mesurables de l’activité cérébrale.

Des études en imagerie cérébrale (IRM fonctionnelle, EEG) ont montré :

  • une modulation des réseaux attentionnels ;
  • une réduction de l’activité du cortex cingulaire antérieur, impliqué dans la surveillance d’erreurs et l’autocritique ;
  • des changements de connectivité entre régions préfrontales (associées à l’attention volontaire) et régions sensorimotrices.

Ces phénomènes sont observés chez des sujets volontaires et ne nécessite aucune hypothèse métaphysique ou paranormale.

 

2. Hypnose, attention et imagination

L’hypnose implique :

  • une attention fortement focalisée,
  • une diminution de la vigilance critique,
  • une activité accrue de l’imagination.

Ce profil neurocognitif correspond à des processus psychologiques bien établis et mesurables par des techniques neuroscientifiques.

3. Hypnose et modulation de la douleur

Les recherches cliniques montrent que l’hypnose peut :

  • augmenter l’inhibition des régions corticales qui amplifient la douleur,
  • activer des circuits de contrôle endogène de la douleur dans le cerveau.

Ces effets sont reconnus comme neurobiologiques, basés sur l’autorégulation expérimentale des réseaux cérébraux.

 

V. Perspectives comparatives interchrétiennes

1. Protestantisme

Dans le protestantisme, les positions varient selon les traditions :

  • les courants libéraux intègrent généralement l’hypnose dans une perspective psychologique et médicale ;
  • Les milieux évangéliques sont divisés sur ce thème certains manifestant des réserves thématiques plutôt pastorales que doctrinales.

Cette diversité reflète l’absence d’un magistère centralisé.

 

2. Orthodoxie

L’orthodoxie ne possède pas de déclaration synodale universelle sur l’hypnose. Les réserves expriment souvent un souci de prudence pastorale, notamment envers toute forme de manipulation psychologique ou spiritualisation abusive des états de conscience rejoignant la position catholique.

 

VI. Conclusion intégrative

L’hypnose, entendue comme phénomène naturel, trouve :

  • une reconnaissance doctrinale implicite dans les textes catholiques du XIXᵉ siècle ;
  • une cohérence anthropologique dans le cadre théologique de saint Thomas d’Aquin ;
  • une solidité scientifique à travers les résultats des neurosciences contemporaines.

Elle est moralement licite lorsqu’elle est utilisée avec consentement éclairé, finalité thérapeutique et sans prétention surnaturelle.

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Bibliographie scientifique contemporaine (neurosciences et hypnose)

Ouvrages de référence :

1. J. E. Cardeña, S. J. Lynn & S. Krippner (éds.), Varieties of Anomalous Experience: Examining the Scientific Evidence (2014).

– Chapitres sur l’hypnose et les états modifiés de conscience.

2. E. R. Hilgard, Divided Consciousness: Multiple Controls in Human Thought and Action (1977).

– Une des premières théories cognitives intégratives de l’hypnose.

3. M. R. Nash & A. J. Barnier (éds.), The Oxford Handbook of Hypnosis: Theory, Research, and Practice (2012).

– Encyclopédique et scientifique.

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Articles scientifiques sélectionnés :

8. Oakley, D. A. & Halligan, P. W., Hypnotic suggestion and cognitive neuroscience, Trends in Cognitive Sciences (2009).

– Revue des résultats en neurosciences.

9. Benedetti, F. et al., Functional MRI during hypnotic induction shows changes in brain networks, NeuroImage (2016).

– Imagerie cérébrale des états hypnotiques.

10. Raz, A., et al., Hypnotic suggestion reduces conflict in the human brain, PNAS (2005).

– Diminution de l’activité du cortex cingulaire antérieur.

11. Demertzi, A. et al., Hypnotic modulation of resting-state functional connectivity and attention networks, Cerebral Cortex (2011).

– Connectivité cérébrale sous hypnose.

12. Rainville, P. et al., Attention to pain and anticipation of relief activate overlapping neural networks, Journal of Neuroscience (2002).

– Hypnose et modulation attentionnelle.

13. Lynn, S. J., et al., Hypnosis and the modulation of pain perception, International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis (2007).

– Hypnose thérapeutique et douleur.

 

Notes

1. H. Denzinger – P. Hünermann, Enchiridion Symbolorum, Freiburg, Herder, 2012, n° 2738.

2. Cf. Instruction du 4 août 1856, Denzinger n° 2739.

3. Thomas d'Aquin, Somme Théologique, I-II, q.18, a.2–4.

4. Thomas d'Aquin, Somme Théologique, I, q.1, a.8 ad 2.

5. Catéchisme de l'Église catholique, § 2111.

6. Thomas d'Aquin, Somme Théologique, I, q.76.

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