Lorsque l’on découvre l’hypnose, la programmation neuro-linguistique ou les thérapies brèves, l’attention se porte naturellement sur les techniques. On veut apprendre les bonnes inductions, les protocoles efficaces, les questions pertinentes, les recadrages puissants ou les stratégies capables de débloquer rapidement une situation.
Cette recherche est légitime. Un thérapeute doit être formé, disposer de connaissances solides et maîtriser les outils qu’il utilise. La bonne volonté ne remplace ni la compétence ni l’expérience.
Pourtant, avec les années de pratique, d’enseignement et de supervision, une autre réalité apparaît : une technique, aussi pertinente soit-elle, ne devient véritablement thérapeutique que lorsqu’elle est portée par une relation juste.
Deux professionnels peuvent employer le même protocole, poser des questions similaires et proposer un exercice identique, sans obtenir les mêmes effets. La différence ne réside pas toujours dans ce qu’ils font, mais dans leur manière d’être avec la personne.
La thérapie ne se réduit donc pas à l’application d’une méthode. Elle se construit dans une rencontre entre deux êtres humains : l’un vient avec son histoire, sa souffrance, ses ressources et ses attentes ; l’autre met à son service une compétence, une présence, un cadre et une capacité de discernement.
C’est dans cet espace relationnel que la technique peut prendre sens.
Une technique ne devient réellement thérapeutique que lorsqu’elle est portée par une relation juste, une posture éthique et un respect profond de la personne.
Les techniques exercent une attraction particulière, notamment au début d’un parcours de formation. Elles sont visibles, structurées et relativement faciles à transmettre.
On peut enseigner les différentes étapes d’un protocole. On peut montrer comment conduire une induction hypnotique, formuler une suggestion ou utiliser un questionnement stratégique. L’apprenant peut observer, reproduire, s’entraîner et mesurer sa progression.
La technique donne également une impression de sécurité. Face à une personne qui souffre, il est rassurant de savoir quoi faire. Le protocole offre une direction lorsque le thérapeute débutant craint de manquer de mots, de perdre le fil ou de ne pas être à la hauteur.
Cette sécurité est utile. Elle permet d’oser commencer.
Mais elle peut devenir un piège lorsque le protocole cesse d’être un support et devient une manière d’éviter la rencontre. Le thérapeute risque alors d’écouter la personne uniquement pour identifier la technique qu’il va appliquer. Il ne rencontre plus vraiment un être humain : il cherche un problème auquel associer un outil.
La personne peut alors se sentir observée, analysée ou prise en charge sans se sentir réellement entendue.
La maîtrise technique ne protège pas de cette dérive. Elle peut même parfois la masquer. Un praticien peut réaliser une séance apparemment parfaite, employer un vocabulaire précis et suivre scrupuleusement toutes les étapes apprises, tout en passant à côté de ce que vit profondément la personne.
Il aura peut-être « bien fait », sans avoir nécessairement « bien été ».
La relation thérapeutique désigne le lien particulier qui se construit entre le professionnel et la personne accompagnée. Elle ne se confond ni avec une relation amicale, ni avec une relation affective ordinaire, ni avec une simple prestation de service.
Elle repose notamment sur :
Le modèle classique de l’alliance thérapeutique proposé par Edward Bordin distingue trois dimensions : la qualité du lien, l’accord sur les objectifs et l’accord sur les tâches ou les moyens utilisés pour les atteindre. L’alliance ne se résume donc pas au fait que le client apprécie son thérapeute. Elle implique une collaboration réelle autour d’un projet compris et accepté par les deux personnes.
Dans cette perspective, le client ne subit pas une technique choisie unilatéralement par le professionnel. Il participe au travail. Il peut exprimer ce qui lui convient, ce qui le met en difficulté, ce qu’il comprend de la démarche et ce qu’il souhaite réellement transformer.
La relation thérapeutique est donc une relation asymétrique par les rôles, mais elle ne doit pas devenir une relation de domination.
Le thérapeute porte la responsabilité du cadre, de ses actes professionnels et des méthodes qu’il propose. La personne accompagnée demeure néanmoins sujet de son histoire, de ses choix et de son changement.
Les recherches conduites en psychothérapie confirment l’importance de l’alliance thérapeutique. Une méta-analyse publiée en 2018, portant sur 295 études indépendantes et plus de 30 000 personnes, a mis en évidence une association positive robuste entre la qualité de l’alliance et les résultats de la psychothérapie. Une analyse ultérieure a retrouvé cette association après prise en compte de plusieurs facteurs susceptibles de la confondre.
D’autres travaux montrent également que l’empathie du thérapeute, la collaboration et l’accord sur les objectifs sont associés à de meilleurs résultats.
Le respect des préférences du client semble lui aussi important. Une méta-analyse portant sur 53 études et plus de 16 000 personnes a observé que l’adaptation de la thérapie aux préférences du client était associée à de meilleurs résultats et à une diminution des abandons prématurés.
Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec rigueur.
Ils ne signifient pas que la relation explique tout, que toutes les méthodes se valent ou qu’un thérapeute chaleureux peut se dispenser de formation. Ils ne démontrent pas non plus qu’une bonne relation suffit à traiter n’importe quelle difficulté.
Ils montrent plutôt que la relation et la méthode sont interdépendantes.
Une technique efficace sur le plan théorique peut perdre une grande partie de sa pertinence lorsqu’elle est appliquée sans tenir compte du rythme, des besoins, des valeurs, du contexte ou des préférences de la personne. À l’inverse, une relation de confiance permet de proposer, d’expliquer et d’ajuster plus finement les interventions.
Il serait donc scientifiquement excessif de transformer la question en un combat entre la relation et la technique.
La question la plus féconde est plutôt :
De quelle manière la relation permet-elle à la technique de devenir pertinente pour cette personne, à ce moment précis de son cheminement ?
La majorité des recherches citées porte sur la psychothérapie au sens large. Elles éclairent la pratique de l’hypnose thérapeutique et des thérapies brèves, mais elles ne permettent pas d’affirmer que chaque résultat se transpose de manière identique à toutes les pratiques d’hypnose.
L’hypnose est parfois présentée comme une technique capable d’agir sur une personne presque indépendamment d’elle. Cette représentation entretient le mythe d’un praticien qui prendrait le contrôle tandis que le sujet deviendrait passif.
Dans une pratique thérapeutique respectueuse, il en va tout autrement.
L’expérience hypnotique se construit dans la coopération. Le client reste une personne consciente de ses valeurs, de ses limites et de ses besoins. Il peut accepter une proposition, la transformer, ne pas y répondre ou interrompre l’expérience.
La confiance et la sécurité relationnelle influencent donc profondément la manière dont il peut s’engager dans le travail.
Une personne qui craint d’être manipulée, jugée ou dépossédée de son pouvoir de décision consacrera une partie de son énergie à se protéger. Cette réaction n’est pas une résistance qu’il faudrait vaincre. Elle peut être une tentative légitime de préserver son intégrité.
Le rôle du thérapeute est alors de comprendre ce que cette prudence protège, de clarifier le cadre et de restaurer les conditions d’une coopération libre.
Cela suppose de prendre le temps :
La qualité de l’induction ne se mesure donc pas seulement à la profondeur apparente de la transe. Elle se mesure aussi à la qualité de la coopération et au respect de la liberté intérieure de la personne.
L’une des tentations les plus fréquentes dans les métiers de l’accompagnement consiste à vouloir trouver rapidement une solution pour l’autre.
Cette intention part souvent d’un désir sincère d’aider. Face à la souffrance, nous voudrions soulager, réparer, débloquer ou montrer la bonne direction. Le client lui-même peut parfois demander au thérapeute de décider à sa place : faut-il quitter son travail, pardonner, se séparer, renouer avec sa famille ou accepter une situation ?
Répondre directement peut donner l’impression d’être utile. Mais ce serait oublier que le thérapeute ne vivra pas les conséquences du choix.
Il ne connaît jamais complètement l’histoire, le monde intérieur, les liens, les aspirations et les limites de la personne. Même lorsqu’il croit comprendre ce qui serait préférable, il regarde nécessairement la situation à travers sa propre histoire et sa propre conception de la vie.
Son rôle n’est donc pas d’apporter une réponse prête à l’emploi. Il consiste à aider le client à clarifier ce qu’il vit, à élargir sa perception, à reconnaître ses ressources, à discerner les conséquences possibles et à découvrir les solutions qui lui correspondent. C'est ce que nous appelons la position basse: "Je n'ai pas de solution pour mon client"
Cela ne signifie pas que le thérapeute reste passif ou se réfugie derrière une neutralité confortable.
Lorsqu’une personne demande de l’aide, elle n’a pas besoin que quelqu’un se contente de lui répéter que la solution est en elle. Elle a besoin d’une présence engagée, capable de chercher avec elle, de questionner, de confronter parfois, de proposer des expériences et de l’aider à voir ce qu’elle ne parvient plus à percevoir seule.
Le thérapeute ne sait pas à la place du client, mais il ne l’abandonne pas davantage à son impasse.
Il ne s’agit ni d’imposer à l’autre notre chemin, ni de le regarder se perdre en affirmant que lui seul possède la réponse. Il s’agit de chercher avec lui ce qui lui permettra d’avancer.
La métaphore du jardinier décrit avec justesse cette posture.
Le jardinier ne fabrique pas la vie de la plante. Il ne tire pas sur sa tige pour la faire pousser plus vite et ne produit pas le fruit à sa place.
Il observe la nature de la terre, l’exposition, les besoins en eau et les particularités de chaque espèce. Il prépare le sol, nourrit, protège, taille lorsque cela est nécessaire et veille à ce que la plante dispose des meilleures conditions possibles pour se développer.
Son action est réelle. Elle demande des connaissances, de l’attention, de la patience et du discernement.
Mais elle demeure au service d’une croissance qui ne lui appartient pas.
Le thérapeute agit de manière comparable. Il contribue à installer les conditions favorables au changement :
Il ne peut cependant ni vouloir à la place du client, ni choisir à sa place, ni grandir à sa place.
Le fruit appartient à la personne.
Cette métaphore rappelle également qu’il n’existe pas une seule manière de grandir. Le jardinier ne reproche pas au rosier de ne pas produire des pommes. Il ne mesure pas la valeur d’une plante à sa ressemblance avec les autres.
De la même manière, accompagner ne consiste pas à rendre le client conforme à l’idéal du thérapeute. Il s’agit de l’aider à devenir davantage lui-même, dans le respect de son identité, de ses potentialités, de ses responsabilités et de la réalité dans laquelle il vit.
L’image du Petit Prince prenant soin de sa rose introduit une autre dimension : celle de l’attention portée à une personne singulière.
La rose n’est pas importante parce qu’elle serait objectivement plus parfaite que toutes les autres. Elle devient unique dans la relation, à travers le temps, la présence, les soins et la responsabilité engagée.
Dans la relation thérapeutique, chaque personne doit pouvoir être rencontrée comme une personne unique et non comme un cas supplémentaire.
Cela demande au thérapeute de résister à la facilité des étiquettes.
Un client n’est pas « un anxieux », « une dépressive », « un borderline », « un addict » ou « un traumatisé ». Ces termes peuvent désigner une difficulté ou contribuer à une compréhension clinique, mais ils ne résument jamais la personne.
Derrière le symptôme se trouve un être humain avec une histoire, des relations, des aspirations, des contradictions, des blessures, des qualités et une dignité qui ne dépend ni de ses performances ni de ses réussites thérapeutiques.
Veiller sur la relation signifie prendre soin de cet espace sans le posséder. C’est être attentif sans devenir intrusif, présent sans devenir envahissant, engagé sans créer de dépendance.
La relation thérapeutique est appelée à soutenir la liberté du client, non à l’attacher au thérapeute.
Une relation de confiance donne au thérapeute une influence réelle. La personne lui confie parfois ce qu’elle n’a jamais pu dire ailleurs. Elle peut se trouver fragilisée, désorientée ou particulièrement sensible à ses paroles.
Cette influence crée une responsabilité.
L’éthique ne peut donc pas être considérée comme un supplément administratif venant s’ajouter à la technique. Elle en détermine l’usage.
Une intervention ne devient pas juste parce qu’elle produit un effet. Il faut encore s’interroger :
Les références européennes en psychothérapie insistent notamment sur la dignité, l’autonomie, la singularité, le consentement, la confidentialité, la compétence et le respect des limites de la personne accompagnée.
La bienveillance ne consiste pas seulement à être agréable. Elle signifie littéralement veiller au bien de la personne.
Cela demande parfois de soutenir, parfois de questionner, parfois de poser une limite et parfois de reconnaître que nous ne sommes pas le professionnel le mieux placé pour poursuivre l’accompagnement.
Le respect inconditionnel de la dignité d’une personne ne suppose pas la validation automatique de toutes ses croyances, de tous ses comportements ou de toutes les solutions qu’elle envisage.
Une personne ne se réduit pas à ce qu’elle fait.
Cette distinction permet de rester profondément respectueux tout en conservant une exigence éthique et un rapport au réel.
Le thérapeute peut accueillir sans jugement la personne qui lui parle, tout en l’aidant à observer qu’un comportement la détruit, fait souffrir son entourage ou l’éloigne de ce qu’elle dit vouloir devenir.
Respecter ne signifie donc pas approuver. Cela signifie reconnaître en l’autre un être digne d’être entendu, capable de réfléchir, d’évoluer et de répondre progressivement de ses choix.
À l’inverse, la confrontation ne doit jamais devenir une manière d’humilier, de culpabiliser ou d’imposer les valeurs personnelles du professionnel.
Une confrontation thérapeutique n’est juste que si elle reste au service du client, s’appuie sur une alliance suffisamment solide et respecte sa capacité à recevoir ce qui lui est proposé.
Le respect permet de dire :
« Je ne vous réduis pas à ce comportement. Je crois que vous êtes davantage que ce que vous faites aujourd’hui et que vous pouvez trouver une manière plus juste d’avancer. »
La liberté du client est fondamentale, mais elle ne doit pas servir de prétexte à la passivité du thérapeute.
Dire que la personne doit trouver ses propres solutions ne signifie pas que toutes les solutions se valent ou qu’aucune mise en question n’est possible.
La liberté ne consiste pas seulement à multiplier les possibilités. Elle implique de pouvoir discerner, choisir et assumer progressivement un engagement.
Le thérapeute peut aider la personne à examiner ses différentes options :
Ce questionnement ne vise pas à conduire subtilement le client vers la réponse préférée du thérapeute. Il l’aide à exercer plus pleinement sa capacité de discernement.
Le professionnel doit, de son côté, rester conscient de ses propres présupposés. Un thérapeute attaché à la famille peut être tenté d’encourager systématiquement une réconciliation. Un autre, valorisant fortement l’indépendance, peut favoriser trop rapidement une séparation. Un praticien enthousiaste à propos d’une méthode risque de vouloir l’appliquer même lorsqu’elle ne correspond pas à la personne.
L’éthique exige donc un travail régulier sur soi, ainsi que le recours à la supervision.
Une approche véritablement relationnelle suppose une vision globale de l’être humain.
La personne n’est ni un cerveau à reprogrammer, ni un ensemble de comportements à corriger, ni une succession de pensées dysfonctionnelles. Elle possède une dimension corporelle, psychique, relationnelle, sociale, existentielle et, pour beaucoup, spirituelle.
Ces dimensions s’influencent mutuellement.
Une souffrance psychologique peut être renforcée par une difficulté médicale, un épuisement physique, un isolement social, une perte de sens, une situation professionnelle destructrice ou un conflit avec des convictions profondes.
Prendre en compte la personne dans son intégralité ne signifie pas prétendre tout traiter.
Au contraire, une vision globale conduit à davantage d’humilité et de coopération interprofessionnelle. Le thérapeute doit reconnaître les limites de sa pratique, inviter à consulter un médecin lorsque cela est nécessaire et savoir orienter vers d’autres professionnels.
Il peut cependant rester disponible aux questions de sens, de valeurs ou de spiritualité lorsqu’elles sont importantes pour le client. Il n’est pas nécessaire de partager ses croyances pour les accueillir avec respect.
Refuser systématiquement d’entendre ces dimensions sous prétexte qu’elles ne seraient pas techniques reviendrait à ignorer une partie de la personne.
Les accueillir ne signifie ni les interpréter à sa place, ni chercher à la convaincre. Il s’agit de lui permettre de comprendre la place qu’elles occupent dans sa vie et dans les choix qu’elle souhaite poser.
La posture du thérapeute ne se réduit pas à son attitude visible. Elle désigne ce qui l’oriente intérieurement lorsqu’il écoute, questionne, intervient ou garde le silence.
Être présent
Être présent, c’est ne pas être uniquement occupé à préparer la prochaine question ou à chercher mentalement le protocole approprié.
C’est être disponible à ce qui se dit, mais également à ce qui hésite, se contredit, se tait ou cherche encore à se formuler.
Cette présence ne demande pas de tout comprendre immédiatement. Elle suppose parfois d’accepter de ne pas savoir.
Écouter sans enfermer
Une écoute réelle ne cherche pas seulement à confirmer une hypothèse. Elle reste ouverte à la possibilité que notre première compréhension soit incomplète ou erronée.
Le thérapeute peut posséder une grille de lecture sans réduire la personne à cette grille.
Il utilise ses modèles pour mieux écouter, non pour remplacer l’écoute.
Supporter le silence
Le silence n’est pas nécessairement un vide à combler.
Il peut être un temps d’intégration, de recherche ou de contact avec une expérience difficile à mettre en mots. En voulant parler trop vite, le thérapeute risque d’interrompre un mouvement intérieur qui commençait à prendre forme.
Savoir se taire ne signifie pas se désengager. Un silence habité peut témoigner d’une présence profonde.
Rester humble
L’humilité thérapeutique ne consiste pas à nier ses compétences. Elle consiste à reconnaître que l’autre reste toujours plus vaste que ce que nous comprenons de lui.
Nous pouvons nous tromper. Une intervention peut ne pas produire l’effet espéré. Une parole peut blesser malgré notre intention.
Une relation thérapeutique suffisamment sûre permet d’accueillir ces difficultés et de les travailler. Les recherches sur les ruptures d’alliance montrent d’ailleurs que leur réparation est associée à de meilleurs résultats. La qualité d’une relation ne réside donc pas dans l’absence de tout désaccord, mais aussi dans la capacité à reconnaître et réparer ce qui a été fragilisé.
Le thérapeute n’est pas une surface neutre et désincarnée. Sa manière d’être, ses réactions et son humanité participent à la rencontre.
Mais l’authenticité ne justifie pas de déposer ses émotions, ses besoins ou son histoire sur le client.
La question n’est pas seulement : « Est-ce sincère ? »
Elle est aussi : « Est-ce utile et juste pour cette personne ? »
Deux dérives opposées menacent la relation thérapeutique.
La première est celle du mécanicien. Il considère le client comme un système défaillant sur lequel il faudrait intervenir. Il applique des procédures, cherche la cause du dysfonctionnement et mesure la réussite à la disparition du symptôme.
La seconde est celle du sauveur. Il se sent personnellement responsable du changement, veut soulager à tout prix et risque de devenir intrusif. Il peut avoir besoin que le client progresse pour se rassurer sur sa propre valeur.
Dans les deux cas, la personne risque d’être dépossédée d’une partie de son pouvoir d’agir.
Le thérapeute n’est ni celui qui répare, ni celui qui sauve.
Il est un accompagnant compétent, attentif et responsable. Il offre un cadre, met à disposition des outils, soutient le discernement et reste présent dans les passages difficiles. Mais il reconnaît que le changement appartient toujours à la personne.
Cette reconnaissance protège également le thérapeute. Elle lui évite de porter seul une responsabilité qui ne peut pas lui appartenir entièrement.
Affirmer la primauté de la relation ne revient pas à dévaloriser la technique.
Une relation chaleureuse dépourvue de méthode peut manquer de direction. Elle peut soulager momentanément sans permettre les apprentissages ou les transformations recherchés.
La technique offre des repères. Elle permet de structurer le travail, de proposer des expériences, de soutenir l’attention, de mobiliser l’imagination et d’aider le client à expérimenter d’autres manières de percevoir ou d’agir.
Mais elle doit rester un moyen.
Le professionnel compétent ne se contente pas de savoir appliquer de nombreuses techniques. Il sait :
Plus le thérapeute maîtrise ses outils, moins il a besoin de s’y accrocher rigidement.
La compétence véritable produit de la souplesse.
Une formation sérieuse en hypnose et thérapies brèves ne peut pas se limiter à transmettre une succession de techniques.
Elle doit aussi permettre de travailler :
Ces compétences sont plus difficiles à évaluer qu’un protocole appris par cœur. Elles se construisent progressivement, dans l’expérience, les retours, l’analyse de pratique et le travail personnel.
À l’IRHTB, notre ambition n’est donc pas uniquement de transmettre des outils performants. Elle est de former des praticiens capables de les utiliser avec compétence, discernement et humanité.
La question n’est pas seulement : « Que savez-vous faire ? »
Elle est aussi : « Quelle personne devenez-vous lorsque vous accompagnez ? »
Une relation thérapeutique de qualité n’est pas une relation parfaite. Elle peut connaître des hésitations, des incompréhensions ou des désaccords.
Elle permet néanmoins à la personne :
À l’inverse, certains signes doivent inviter à la prudence : promesses de guérison, certitude de tout comprendre, culpabilisation du client en cas d’échec, franchissement répété des limites, dévalorisation des autres professionnels, encouragement à rompre avec l’entourage sans analyse approfondie ou création d’une dépendance à la relation.
Une thérapie saine doit contribuer à rendre la personne plus consciente, plus responsable et plus libre.
La recherche montre que la qualité de l’alliance est associée de manière robuste aux résultats de la psychothérapie. Il serait toutefois trop simpliste d’opposer relation et technique. Une méthode pertinente a besoin d’une relation suffisamment sûre et collaborative pour être comprise, acceptée et adaptée. La relation ne remplace pas la compétence : elle permet à la compétence de devenir réellement ajustée à la personne.
La relation thérapeutique désigne l’ensemble du lien entre le professionnel et le client. L’alliance thérapeutique insiste davantage sur leur collaboration : qualité du lien, accord sur les objectifs et accord sur les moyens employés pour les atteindre.
Il doit éviter d’imposer ses convictions et de faire de la séance un espace consacré à ses propres besoins. Une neutralité humaine absolue est néanmoins illusoire. Le thérapeute possède une histoire, des valeurs et une sensibilité. Son devoir est d’en avoir conscience, de les travailler et de veiller à ce qu’elles ne prennent pas le pas sur la liberté et les besoins du client.
Respecter le client signifie-t-il accepter toutes ses décisions ?
Non. Le respect porte sur la personne et sur sa dignité. Il n’oblige pas à considérer tous les comportements comme bons ou toutes les solutions comme équivalentes. Le thérapeute peut aider le client à examiner les conséquences de ses choix et à se confronter au réel, sans décider à sa place.
Le thérapeute doit-il donner des conseils ?
Un conseil ponctuel peut parfois être utile, notamment lorsqu’il s’agit d’une information relevant de la compétence professionnelle du thérapeute. Il convient cependant de distinguer l’information, la proposition et la décision. Dans les choix de vie, le rôle du thérapeute est généralement d’aider la personne à clarifier ses besoins, ses valeurs, ses possibilités et les conséquences de chaque option.
Pourquoi la supervision est-elle importante ?
La supervision aide le thérapeute à repérer ses angles morts, ses réactions émotionnelles, ses projections et les difficultés relationnelles qui apparaissent dans sa pratique. Elle contribue à protéger le client, à maintenir un cadre éthique et à ajuster les interventions.
La spiritualité a-t-elle sa place en thérapie ?
Elle peut avoir sa place lorsqu’elle est importante pour la personne accompagnée. Le thérapeute n’a pas à imposer ses croyances ni à interpréter celles du client à sa place. Il peut cependant accueillir avec respect les questions de foi, de sens, de valeur ou de transcendance lorsqu’elles participent à son expérience.
La technique est précieuse. Elle offre des chemins, des expériences et des moyens d’intervention. Mais elle ne rencontre jamais une difficulté abstraite. Elle rencontre une personne.
Cette personne possède une histoire, une liberté, des valeurs, des ressources, des fragilités et une manière singulière d’habiter le monde.
Le thérapeute n’est pas là pour la modeler selon son propre idéal, ni pour lui remettre une solution qu’elle n’aurait plus qu’à appliquer. Il est là pour créer, avec elle, les conditions dans lesquelles un mouvement pourra émerger.
Comme le jardinier, il prépare, nourrit, protège et veille. Il connaît son métier et agit avec détermination, mais il ne prétend pas produire le fruit à la place de la plante.
Comme le Petit Prince auprès de sa rose, il découvre que la qualité de l’attention et de la présence transforme la relation. Il veille sans posséder et prend soin sans enfermer.
Accompagner, ce n’est pas fabriquer le changement.
C’est offrir une présence compétente, éthique et respectueuse, dans laquelle la personne pourra retrouver ses ressources, exercer sa liberté et découvrir le chemin qui lui correspond.
La thérapie ne tient pas seulement dans ce que le thérapeute fait. Elle tient aussi dans la personne qu’il choisit d’être au cœur de la rencontre.
Dans Fragments d’instants : Pensées d’un thérapeute, Thierry Cabrita développe une réflexion personnelle sur le sens, la liberté, le respect, le silence, la vérité, l’éthique et la vision globale de la personne humaine.
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Une invitation à penser la posture du thérapeute au-delà des techniques et des protocoles.
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Se former à l’hypnose et aux thérapies brèves en développant conjointement compétences techniques, posture relationnelle et discernement éthique.
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